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Massage important aux Haitiens d'Haiti
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Massage important aux Haitiens d'Haiti
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Haiti, Faites-les savoir le plus tot possible, pour
l'amour du ciel, de ne pas acheter et de ne pas
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GLYCERINE, mais qui n'est pas de la glycérine et qui a
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pas morts ont perdu leurs reins.
Pi bonè se gran maten, fè nouvèl la kouri tanpri
souple; Bondje a remèt nou sa an gwo.
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Femmes Haïtiennes Remarquables ! Femmes sur scène
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Femmes sur scène
En ce qui a trait tout particulièrement à la vie mondaine et artistique, relativement creuses vont se révéler ces années, pourtant, à certains égards, politiquement bouillonnantes, précédant 1934. En effet, à côté de rares et tièdes succès de prestations quelquefois le fait d'étrangers, en vain, la plupart du temps, certains artistes s'efforcent-ils d'entreprendre un public lui-même en mal d'exaltation et d'identification. Pesanteur d'un contexte? Absence d'entrepreneurs et d'animateurs convaincus? Pourtant, rien que du côté des femmes un regard, même sommaire, ne les découvre pas moins étonnament nombreuses à se vouer à l'Art et occupées comme à préparer en sous-œuvre le contexte d'où émergeront (d'où émergent déjà) les premières artistes professionnelles haïtiennes. Certains noms, en effet, brillent et passent la rampe parmi lesquels il faut retenir les actrices Lucie Défly, Odette Jean-Joseph, Odette Chevallier, Lily Taldy, et bien entendu, Jacqueline Wiener-Silvera qui, autant que la distinguée Wanda Wiener (à la fois auteur, metteur en scène, actrice et danseuse), se font fort, dans ce désert, certaines quelquefois en mettant sur pied leur propre troupe, de gratifier le public de spectacles d'une valeur artistique remarquable.
Bien que d'une modestie peu encourageante pour des initiatives d'une délicate texture, la scène résonne aussi du bel canto et de la plénitude de voix dont semblent se détacher, d'une netteté plus convaincante Andrée Gautier-Canez, Andrée Lescot, Carmen Malebranche toutes trois s'étant produites un peu partout (au Canada, aux Etats-Unis, en Europe) dans des concerts chaudement appréciés. A l'occasion, écho se fait-t-elle également de ces notes profondes et accomplies de musiciennes telles Clémence Chéraquit, Marie Moïse, Georgette Molière, Thérèse Souffrant..., à côté desquelles, il faut le dire, se taillent une place des plus enviable, deux grandes et inappréciables méconnues: Lina Mathon-Blanchet et Carmen Brouard.
Avec le mois d'août 1934 cependant, «mois qui a marqué une étape décisive dans le développement du théâtre et du cinéma» et qui voit notamment s'ériger au cœur de Port-au-Prince le grand cinéma-théâtre Rex (1), débute l'âge d'or de l'Art haïtien. Les deux décennies qui suivront verront s'échelonner à un rythme sans précédent et sans égal dans l'histoire de notre spectacle, des représentations comptant parmi les plus enthousiastes et réussies. Elles assistent également, pour ce qui est de la peinture, par exemple, à l'irradiation d'un vaste mouvement dont semble autant l'aboutissement que le catalyseur, la création sous la direction de Dewitt Peters en 1944, du Centre d'Art, véritable fer de lance dont l'étonnante vitalité, en plus d'un rapprochement qu'elle favorise entre peintres, d'un professionalisme pour la première fois révélé, a l'avantage d'offrir à Haïti une porte sur l'extérieur autre que celle routinière des démêlés politiques. Ces années compteront enfin le plus grand nombre de visiteurs étrangers de marque et vivront en 1949 l'apothéose de l'Exposition du Bicentenaire de Port-au-Prince.
De retour en Haïti en 1929, après un séjour de dix ans en France où elle a étudié au Conservatoire de Paris, Carmen Brouard-Magloire, pianiste, compositeur, à cheval sur ces deux époques, en impose par ses concerts classiques consacrés à Bach, Chopin, Listz, Beethoven, Willy Bartsh... «Son premier concert à Parisiana, le 9 octobre 1929, soulève les bravos unanimes de l'assistance pour sa brillante interprétation au piano des meilleurs maîtres. Avec le même brio, elle exécute Rêverie, exquis et langoureux morceau de sa composition»(2). Elle partage avec Ludovic Lamothe le patronage artistique de La Société du Théâtre national, constituée en 1930 à l'initiative du journal Le Matin et des acteurs de La Renaissance, «pour aider les artistes et acteurs à vivre de leur métier», et ouvre la même année une école d'Art. Jusqu'à la célébration du Bicentenaire, on comptera rarement une représentation réussie qui ne la voit sur scène. Carmen Brouard-Magloire vit actuellement au Canada.
La grande artiste Carmen Lahens, excellant aussi bien au piano, dans la comédie, l'opérette, le chant que dans les danses plastiques, forme et dirige une troupe avec les artistes français Eddie Desty, Raoul Nargys et Mme Greder. Leurs premiers spectacles au Rex (début 1934), dans des interprétations de Le Coup de Navaja de Michel Carré et La Bergamote de Jean Ysi, connaîtront un succès mémorable.
Margot Roland, danseuse, de son nom d'artiste Anacaona, «ancienne étoile des cabarets de Paris» retient l'attention déjà à ses débuts réussis au Rex en avril 1938 dans des figures assez osées pour l'époque. Mais, «revers de la médaille, Anacaona renonce à la danse ... et aux plaisirs du monde. Pitoyable, pieds nus, un sac au dos, portant une robe de pénitente et un capuchon de violine, une fillette à ses côtés, l'ancienne danseuse, impassible et recueillie, fait pénitence devant la cathédrale et marmonne des prières... Le 22 juin 1945, elle convolera en justes noces à Home Sweet Home à Martissant avec le poète des milieux interlopes, Magloire Saint-Aude»(3).
Jeanne G. Sylvain, également assistante sociale, ethnologue, membre active de la Ligue feminine d'action sociale et rédactrice de La Voix des femmes, joue un rôle fondamental dans le développement «dans notre milieu de la connaissance et de la pratique des Arts du théâtre». Membre fondateur et membre du premier Conseil de gestion du Centre d'Art dramatique, le CAD (25 novembre 1948) qui deviendra la Société nationale d'Art dramatique, SNAD, (13 décembre 48), où elle sera également professeur d'art.
Jacqueline Wiener-Silvera fonde et dirige, déjà dans le désert des années 30 une compagnie théâtrale qu'elle amène au succès dans les années 40. Artiste, également membre fondateur de la SNAD. On l'appréciera sur scène dans Le Cyclône, première représentation de la compagnie.
Et pour parler d'un personnage qui nous est plus familier, l'une des rares qui fait encore le lien entre ces trois générations, la «dauphine» de ces temps heureux, Micheline Laudun-Denis, pianiste de talent, compositeur, détentrice de plusieurs prix décrochés à des concours internationaux, qui, aujourd'hui encore, n'arrête pas de former des jeunes musiciens haïtiens. A quatre ans, elle accompagnait déjà son père au piano dans l'animation des fêtes d'enfants. Elève de Lina Mathon, puis de Bazile Coldoban, pianiste roumain du Conservatoire de Moscou réfugié en Haïti en 1941, d'Anton Werber Jaegerhuber, elle remporte à 15 ans (décembre 1945) le deuxième prix sur 217 participants du concours de méringues avec sa composition Méringue(4). En décembre 1948, elle étonnera dans son premier récital en solo au Paramount, «au cours duquel les mélomanes purent apprécier sa bonne technique, son intelligence artistique, sa mémoire prodigieuse et son sens musical très développé»(5).
Boursière des gouvernements américain, haïtien, de l'Alliance Francaise, elle aura très jeune le privilège d'étudier à New-York, au Conservatoire de Musique de Paris puis à l'Ecole de haut perfectionnement musical Marguerite-Longac-Thibault. Ses prestations en Haïti et dans nombre de pays étrangers la classe parmi les plus grandes musiciennes haïtiennes.
Mme Laudun Denis a également été, à son retour en Haïti, à côté de Robert Durand, Fritz Benjamin, l'un des membres fondateurs et pilier de l'Académie Pro Musica qui pendant près de dix ans, de 1967 à 1986, a participé à la «promotion de la musique auprès des jeunes talentueux ne disposant pas forcément des moyens de se payer des cours de musique».
Autre fidélité exemplaire à la musique que celle de Micheline Dalencour, benjamine du milieu qui, depuis bientôt une trentaine d'années, de par ses initiatives personnelles, dans différents collèges, à la Section musicale de Sainte-Trinité qu'elle dirigera pendant quatre ans, nourrit avec une rare vigilance et un enseignement exemplaire, l'intérêt des jeunes Haïtiens à la musique savante. On admirera la passion et la riche documentation de Micheline Dalencour dans les différentes manifestations commémoratives des grands maîtres dont elle se verra confiée la coordination et, depuis plus d'un an, dans son Florilège du Classique qu'elle anime à la radio.
* Sources combinées
(1) La mise en chantier du Rex, «salle de 1200 places» revient à la «Société haïtienne de Spectacles» société anonyme formée en mai 1934 avec pour actionnaires principaux: Edouard Mews, Paul Auxila, Daniel Brun, Léon Déjean, Pierre Nazon, Mme Lily Taldy... Concepteurs exécuteurs: les ingénieurs Pierre Nazon, Daniel et Phillipe Brun; Révision des plans: Léonce Maignan, architecte; Décoration intérieure: Franck Jeanton et Max Ewald, également architectes. La direction en sera confiée à Mme Lily Taldy, ancienne administratrice du Parisiana. G. Corvington, Port-au-Prince au cours des ans, Tome 7, p288 et suiv.
(2) (3) (5) Corvington, op.cit.
(4) 1er prix: Antoine Duverger pour Foufoune, 3ème prix: Walter Scott Elie pour Choubouloute Chérie.
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Femmes Haïtiennes Remarquables ! Yvonne Sylvain
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Yvonne Sylvain
1907 - 1989
Nourrie dans le terreau d'une famille riche d'engagement social(1) et à l'ombre des audacieuses percées de ses ainées Madeleine et Suzanne(2), nul étonnement qu'Yvonne, au tournant décisif de sa vie, se retrouve, avec un brio et une fermeté reconnus, dans ce pas initiateur de nouvelles débouchées pour les femmes et qui la consacrera première Haïtienne médecin. Toute à des préoccupations de jeune fille du monde, échos de ces jeux dramatiques très goûtés auxquels, pour le plaisir de parents et amis, elle ne laissait, très jeune de se livrer en compagnie de sa soeur Jeanne(3), c'est pourtant à l'Art, qu'au sortir du brevet, elle s'accroche et s'adonne. Elève du sculpteur Normil Charles, elle touche à la peinture, à la critique d'art, au théatre et même à l'animation radiophonique : "Une action tout aussi louable était menée par la station radiophonique HH2S où presque chaque soir, des artistes tels, Yvonne Sylvain, Odette Martineau, Jacqueline Wiener Silvera, Lina Mathon, Marcel Sylvain, Marcel Camille "emportaient sur l'aile des ondes la pensée haïtienne, l'art haïtien" (4). Préoccupations appelées cependant à ne représenter qu'un appoint dans sa vie puisqu'un retour sur elle-même la verra, à 28 ans, échapper de peu au voile pour considérer comme un appel vers la science médicale cette impuissance durement ressentie face à la mort de sa mère. En 1940, au terme de cinq ans de brillantes études où elle semble n'avoir consenti que rarement à céder son titre de lauréate, elle obtient du Bureau sanitaire interaméricain une bourse de perfectionnement dans des universités américaines, l'habilitant à professer, faut-il s'en étonner, en qualité de gynécologue-obstétricienne(5). De retour en Haïti (1945), sa nomination comme médecin des hôpitaux et, plus tard, professeur à la Faculté de Médecine, la publication de nombreux articles et communications scientifiques dans des revues médicales ne seront d'aucune entrave à une pratique marquée de clinicienne spécialisée dans le traitement de l'infertilité, loin d'être inapercue. Dans l'insertion du docteur Sylvain en Haïti, l'inquiétante vague duvaliérienne fera pourtant un long crochet de 13 ans (1960 - 1973) pendant lesquels en tant que déléguée en Santé Publique, plus spécialement en santé génésique, de l'OMS, elle professera dans divers pays d'Afrique, puis, pour son propre compte, en tant que clinicienne à Costa Rica et à Dakar. A son actif on retient également une intense participation à la fondation de la Ligue haïtienne contre le cancer, l'introduction en Haïti du test "Papa Nicolaou" de dépistage du cancer de l'utérus, et les bases de fondation de l'Hôpital de la communauté haïtienne de Frères dont elle restera, jusqu'à sa mort une vice-présidente active et éminente.
* Tiré de notre entrevue avec Myriam Sylvain Torchon.
(1) Yvonne Sylvain est fille de Eugénie Mallebranche et de Georges Sylvain. (2) Voir portraits Madeleine Sylvain-Bouchereau et Suzanne Comhaire-Sylvain (3) Corvington, op.cit,tome 7, p294 (5) Elle aura l'intéressante opportunité de suivre un stage à l'Hôpital Martha Haig, hôpital spécialisé en obstétrique et en gynécologie.
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Femmes Haïtiennes Remarquables ! Douces guérisseuses
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Douces guérisseuses
«La période de 1804 à 1915 est l'âge d'or dans les villes pour les sages-femmes diplômées. Dans les campagnes, leurs consoeurs, les matrones traditionelles, continuent, sans bagage scientifique, d'accoucher dans leurs chaumières l'immense majorité des femmes haïtiennes»(1)
Dans ces pages où ont défilé, dans leur spécificité et leur admirable combativité, des noms parmi les plus éminents d'Haïtiennes, une place privilégiée revient évidemment à celles, le plus souvent anonymes, qui face à la maladie, se sont données la lourde tâche d'assister, de soulager quand elles ne guérissaient pas. Les faits sont là, plus que parlants : là où il n'y avait pas de docteur, là où se faisait sentir la cuisante nécessité d'une constance, d'une permanente présence (la négresse Catherine Jasmin aux côtés de son mari dans leur hospice pour gens de couleur(1) en est un exemple édifiant), se retrouvaient les femmes.
Leur insertion, appréciable à plus d'un titre, dans tous les domaines et à tous les échelons du monde médical étant aujourd'hui fait acquis, nous nous contenterons d'un bref rappel de ce qu'elle a été jusqu'en 1934, année où leur seront ouvertes les portes de la science médicale, insistant davantage sur ce qui, jusque-là n'avait laissé de constituer leur chasse gardée: la pratique de sage-femme. En effet, bien avant que la maternité ne relève en Haïti de l'obstétrique, avec le plus souvent pour seul bagage des acquis hérités d'une tradition imposante certes mais pas toujours fiable(2), des matrones, comme il est souvent encore le cas dans les campagnes, se retrouveront la plupart du temps les seules à offrir aide et soutien, aussi bien au moment des couches que dans les premiers jours si sollicités de maternité, occupant ainsi une place privilégiée et de premier ordre sur l'avant-scène de l'assistance maternelle.
Dans ce domaine dont traits et couleurs tendent aujourd'hui à s'estomper, à l'échelle du pays tout entier, se sont signalées aussi bien Haïtiennes qu'étrangères. Malheureusement ne sont parvenus à nous, d'une Histoire somme toute par trop partielle, que de rares noms, tels Mme Imbert-Carlet, Mme Escokry par exemple à Port-au-Prince, Miss Sarah Page à Jacmel, Miss Easy au Cap, diplômées d'école française ou jamaïcaine. Et émergeant de la cohorte anonyme, trop vite ouliée, Henriette Jean-Francois (Grann Day), femme du pharmacien Emmanuel Day, qui ayant hérité de Mme Thélusma Jean-Francois, sa mère, l'inappréciable don de soigner et particulièrement d'aider aux couches, est signalée comme une des sages-femmes les plus réputées de Port-au-Prince, celle qui est appelée dans les familles pour assister les patientes et recevoir les nouveau-nés , sans oublier évidemment sa fille Mme Jean-Jacques, à qui elle transmettra son savoir et sa notoriété et dont le nom, plus tard, figurera en bonne place dans la première promotion de sages-femmes de la Polyclinique Péan(5).
A partir de 1888, à la faveur notamment du mouvement d'organisation de la pratique médicale haïtienne enclenchée par le Dr Louis Audain, entre autres, l'État entreprendra le contrôle et la réglementation de la pratique des sages-femmes et la nécessité de leur offrir la formation adéquate s'imposera de plus en plus. En 1892, deux boursières de gouvernement, Mme Hébée Gabriel et Mme C. Dehoux, partent se perfectionner à Paris. Quelques années plus tard, en 1898 et 1899, l'École de Médecine puis la Polyclinique Péan du Dr Audain ouvriront grandes leurs portes aux matrones du pays et ces deux années verront plus d'une douzaine admises haut la main après un examen d'entrée. Et quand en 1900, la Maternité de Port-au-Prince sera fondée au local de l'Exposition, siège de l'École de Médecine, en partagera la direction avec le Dr Riboul Mme Nelvil Dubois, également de la première promotion ayant bénéficié de cette formation.
S'il est reconnu ainsi à ces femmes une affinité certaine à la science médicale, leur pratique par contre y demeure limitée et leur avancée, faute d'accès à des études médicales plus poussées, plus qu'incertaine. Un rôle, fondamental on le concède, mais de second rang, leur est offert avec l'ouverture de l'École des infirmières. Dans ce rôle, une femme comme Mercy Pidoux, une des premières jeunes filles de la bourgeoisie haïtienne à s'inscrire à l'École des garde-malades récemment créée, spécialisée ensuite comme infirmière visiteuse à Columbia University Teachers College de New-York, n'arrêtera pas d'étonner et de mériter l'admiration par son professionnalisme, son dévouement et surtout sa présence quotidienne dans les quartiers populeux de Port-au-Prince «apportant aux nécessiteux, aux pauvres,... les notions d'hygiène, les soins et les conseils.» (4)
1934 verra enfin les femmes reçues à la Faculté de Médecine sur un pied d'égalité. La première Haïtienne alors à avoir bravé ces études et décroché son diplôme est Yvonne Sylvain(5). A peu près à la même époque, est diplômée Marcelle Hakim(6), première femme dentiste. Elles ouvriront la marche à Yolande Thomas-Leroy, 1941, spécialisée en gynécologie, Lucie Paultre-Sajous, 1945, chirurgien, Irmgart Goldenberg-Zaguery, 1948, pédiatre, Edith Dreyfuss-Hudicourt, Ghislaine André-Rigaud, Rolande Scott-Jolibois, 1951...
(1) Docteur Ary Bordes, Evolution des Sciences de la Santé et de l'Hygiène Publique en Haïti., p236. (2) Aloou Kinson baptisé Jean Jasmin, nègre affranchi en 1741 (27 ans) épouse Catherine, 28 ans, négresse affranchie du sieur Nanat, tous deux de la Côte d'Or. En trois mois ils construisent à leur propre frais dans la ville du Cap, un hospice où il soignent également sans frais les gens de couleur. Capacité: 12 malades mais en recoit des fois jusqu'à 18. Hospice d'une grande notoriété, que Moreau de St-Méry dans ses démarches d'aide nommera Providence des gens de couleur; a recu de temps en temps des aides et subventions de l'administration coloniale. « Jasmin et sa femme étaint nommés premier hospitalier et première hospitalière, et sur le tableau des bienfaiteurs qui devait être mis dans un lieu apparent de l'Hospice, on aurait nommé d'abord la Providence des blancs et ensuite Jasmin et Catherine sa femme» (Moreau de St Méry, op. cit, p413). (3) Il est noté qu'à Port-au-Prince, par contre, les parturientes bénéficieront assez tôt du savoir-faire de sages-femmes déja au fait de méthodes plus évoluées. (4) Docteur Ary Bordes, op.cit, p222. (5) Marie Thérèse Colimon dans Femmes Haïtiennes, p218. (6) Madeleine Sylvain Bouchereau, op.cit, p176. (7) Soeur de Yvonne Hakime-Rimpel (voir portrait)
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Femmes Haïtiennes Remarquables ! Argentine Bellegarde-Foureau
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Argentine Bellegarde-Foureau
1842 - 1901
La nomination, dans le cadre de la politique de réorganisation des lycées et écoles publics initiée par le gouvernement Salomon, d'Argentine Bellegarde-Foureau, à la direction du Pensionnat national des demoiselles en 1880, voit s'inaugurer en Haïti une ère nouvelle d'intérêt et de «bonne formation» visant les jeunes filles de milieux modestes et populaires.
Née à l'Arcahaie le 2 août 1842, Argentine Bellegarde se retrouve très tôt, à Port-au-Prince, élève brillante à l'Institution de Mme Isidore Boisrond où, se laissant déjà aller à «ses précoces dispositions pour l'enseignement, elle servait de monitrice à ses camarades des divisions inférieures». Verra-t-elle dans la prise en charge du Pensionnat national des demoiselles le terrain tant attendu pour se mettre au service des intérêts du peuple? Cette jeune femme dont l'intégrité et l'honnêteté, lors de la lutte déchaînée qui opposera le Parti libéral et le Parti national par exemple, ne manqueront pas de se révolter contre l'abus fait à un peuple à qui «pour détourner sa colère de ses ennemis véritables», on n'hésite pas à servir en manteau rouge le plat du préjugé de couleur, n'aura alors de cesse de travailler au relèvement du niveau moral de ses élèves, s'assurant de ce que chaque future mère de famille formée soit «un progrès accompli dans le sens de l'émancipation populaire».
Pour la pleine réussite de cette action, Argentine Bellegarde se mettra à la tâche honorable de réunir dans l'association, Union et Charité, les anciennes élèves du Pensionnat et d'autres institutions similaires qui se verront l'obligation d'«établir des habitudes de bonne camaraderie et la plus fraternelle amitié entre ses membres, constituer une caisse de réserve destinée à secourir les plus infortunées ou à faire leurs frais de trousseaux de mariage» mais à qui incombera également l'ingrate tâche policière de «ramener dans les voies de l'honneur celles qui s'en étaient écartées». (cf: Texte des statuts de l'association).
Si cette militante convaincue et passionnée de l'Éducation populaire, imprégnée par surcroît de l'idée d'équivalence des sexes réunissait les éléments de base et les qualités indispensables d'un échange fructueux et salutaire avec ses élèves, par contre, vouée aux valeurs morales et culturelles de son époque, elle mettra toute la volonté qui également semble avoir été l'un de ses traits, à s'acharner à les remodeler et malheureusement à leur inculquer sinon un rejet, du moins, un certain dédain de leur milieu.
Sur son habitation de Duvivier où, avec ses seules ressources, elle fondera une école dans le but d'étendre son action «à la transformation morale et sociale des masses rurales (que) les croyances et pratiques religieuses (maintenaient) encore dans un état honteux de misère matérielle et d'infirmité morale», elle ne laissera de rester sourde à ces accents propres et pathétiques d'un terroir et, quoique avec des procédés bien plus doux, se posera sans le savoir, en précurseur de la persécution culturelle qui, dans les années 40, verra son apogée dans la célèbre campagne «Rejete». «Chaque nuit, la brise lui apportait l'écho des tambours et les voix animées des chanteuses, et elle se représentait par l'imagination les danses orgiaques où ces laboureurs perdaient la vigueur de leur corps et leur ardeur au travail. Sans rien dire, elle fit bâtir une tonnelle, appela un «violonier», un accordéoniste, un joueur de basse et la meilleure reine chanterelle du voisinage. Et les bals commencèrent. Peu à peu, les hommes désertèrent les danses plus ou moins vaudouesques, le violon avait détroné le tambour conique, et la chanson paysanne , enrichie dans son rythme et dans ses thèmes, put se déployer avec plus d'aisance.»
Une «travailleuse de la terre» assidue, aura été également, toute sa vie, nous rapporte Dantès Bellegarde, cette grande éducatrice, passionnée des arbres et des champs dont elle prenait personnellement soin. Défendant, la première, l'idée que le cocotier pourrait devenir l'une des grandes cultures d'exportation du pays, elle fit établir la cocoteraie de Truitier dont elle s'occupera assidûment jusqu'à sa mort à l'âge de 59 ans. Elle aura aussi l'audace peu féminine à l'époque (et aujourd'hui encore) de transformer son domaine de Duvivier en une importante habitation sucrière en y installant une usine dont la direction fut confiée à l'ingénieur Jardine.
* Tiré de la relation de Dantès Bellegarde dans Femmes Haïtiennes, op.cit. p111 et suiv.
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Femmes Haïtiennes Remarquables ! Educatrices en croisade, Répères chronologiques
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Educatrices en croisade
Répères chronologiques
«Jusqu'en 1848, les lois et les arrêtés relatifs à l'enseignement n'avaient jamais fait mention d'une facon spécifique de l'instruction des jeunes filles... A partir de 1848, on commença à prendre en considération l'éducation des filles et l'arrivée des religieuses françaises en 1864 aida beaucoup au développement de l'enseignement féminin» (1)
Maurice Dartigue
Répondant comme pour les services sociaux à un besoin impérieux et fondamental auquel, tout compte fait, l'Etat semble résolument faire la sourde oreille, très tôt, se dessinera en Haïti, par le biais de l'initiative privée, un engouement tout féminin pour l'éducation, lequel en s'accroissant, tendra au fil du temps à faire de ce domaine également riche de retombées sociales, un nécessaire apanage. La liste est longue, en effet, de ces femmes qui s'y sont engagées et dont il serait injuste de ne pas retenir quelques noms:
Marie Jeanne Mazère, dame Pélagie Varin, qu'à sa mort en octobre 1817 l'Abeille haïtienne présente comme «l'une des plus anciennes institutrices de Port-au-Prince»;
Charlotte Létang-Labossière (Mme Altidor Varret), 1819-1901 qui fonda chez elle, dans la ville des Cayes, une école maternelle et primaire qu'elle dirigera toute sa vie;
Cléo Rameau, encore aux Cayes, qui prendra vers 1860 la succession de l'école de Mme Saint-Clair de Brenneville puis la direction du Pensionnat national de demoiselles des Cayes;
Marie-Rose Léodille Delaunay (Mme Belmour-Lepine), 1827 -1906, qui fonde en 1850 une école mixte et l'Institution Mont-Carmel, le meilleur établissement secondaire laïque d'Haïti qu'elle dirige de main de maître jusqu'en 1903;
Antoinette Dessalines (Antoinette Pierrot), fille adoptive de Claire-Heureuse, dont une école de filles à Saint-Marc porte encore le nom en témoignage du don total qu'elle a fait d'elle à l'enseignement;
Mme Etienne Bourand (Annie Desroy) (1891 -1957), qui nous dotera en 1934 du premier collège féminin du pays, le Centre d'Etudes Universitaires d'Haïti. Ce collège qui offre alors des cours d'anglais, d'espagnol, de sténo-dactylo, de coupe, d'art ménager, de solfège et de chant... survit très peu à sa fondation;
On peut encore citer Caroline Chauveau, Erima Guignard, Mme Lucie Paret, Célie Lilavois, Eugénie Pierre, autant de noms aujourd'hui enfouis, et qui, à une époque où l'absence d'encadrement conférait à l'enseignement une allure de défi —l'École normale n'ouvrira ses portes qu'en 1914!—, se sont distinguées, par leur engagement à faire de l'éducation un véritable sacerdoce, maintenant haut un flambeau que plus près de nous entretiendront avec une ardeur renouvelée Fortuna Guéry, Rose Lhérisson-Michel, Marie-Thérèse Colimon-Hall parmi tant d'autres.
(1) Maurice Dartigue, L'Enseignement en Haïti (1804 - 1938)
Repères chronologiques
1816: Pétion crée un Pensionnat national de demoiselles dont il confie la direction à Mme Drury, une anglaise parlant parfaitement le français qu'il fait venir de la Jamaique. Cette école aura une existence brève, Mme Drury ayant quitté le pays peu après.
1817: Ouverture du premier pensionnat mixte par M. et Mme Courtois.
1850: Réorganisation du Pensionnat national de demoiselles pour les jeunes filles de toutes les communes et création du Collège Olive pour les jeunes filles de l'aristocratie impériale.
1860: Création de nouveaux pensionnats de jeunes filles (avec extension dans les principales villes de province) ainsi que d'une cinquantaine d'écoles publiques de filles.
1864-1865: Arrivée en Haïti des congrégations des Sœurs de Saint-Joseph de Cluny et des Filles de la Sagesse qui établiront «des pensionnats pour la formation de l'élite et des écoles primaires pour les petites filles du peuple».
1880: Mme Argentine Bellegarde-Foureau est nommée directrice du Pensionnat national de demoiselles à qui elle donne une impulsion nouvelle.
1898, août: L'École de Médecine ouvre ses portes aux aspirantes au diplôme de sage-femme. Niveau académique requis: le certificat d'Études primaires.
1899 (nov): Fondation par les médecins de la Polyclinique Péan de l'École libre d'obstétrique. 15 étudiantes y sont admises la même année après avoir subi un examen d'entrée.
1914: Ouverture de l'Ecole normale d'institutrices.
1920, 5 fév: Un règlement de l'Ecole de médecine permet l'accès de la section de pharmacie aux filles.
1929: La Faculté de Droit inscrit ses premières étudiantes.
1930: Les jeunes filles sont admises à l'Ecole d'art dentaire.
1932: Parmi les 190 bacheliers d'écoles déjà prestigieuses à l'époque (Lycée Pétion, Collège Saint-Martial, Saint-Louis de Gonzague,...), on note la présence d'une jeune fille, Yolande Bénédict, élève de l'Institut Alfred-Viau. «Evénement marquant, car c'est la première fois qu'une jeune fille briguait le bac», épreuve redoutée, qu'elle subit avec succès.
1934: La Faculté de Médecine reçoit ses premières étudiantes.
1938: La réforme de l'Enseignement donne satisfaction aux féministes sur bien des points: des femmes furent placées à des postes de direction, le nombre des écoles rurales de filles fut augmenté, introduction des cours d'économie ménagère, pratique du sport rendue obligatoire dans les écoles.
1943: Ouverture à Port-au-Prince de la première Ecole secondaire des filles sous la direction de Mme René Lerebours puis d'une américaine, Miss Dorothy Kerby. Cette école deviendra le Lycée des jeunes filles (actuellement à la rue Capois).
1944, oct: Les filles sont admises à suivre les cours dans les lycées de garcons des autres villes.
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Femmes Haïtiennes Remarquables ! L'assistance sociale
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L'assistance sociale
Etonnant et particulier, ce demi-siècle écoulé de 1804 à 1860. Marqué, très tôt, en effet, au sceau d'une préoccupation quasi exclusive et étroite du politique, il se distinguera, vis-à-vis du social et de l'humanitaire, tout au moins, par un désintérêt singulier. Dans ses élans caractéristiques, en vain chercherait-on cet esprit bienveillant d'aide et de relèvement appelé pourtant si impérieusement par le moment et encore moins, croit-on, cet engouement si manifeste pour les initiatives de cet ordre, pâture des siècles ultérieurs de notre histoire. De toutes les femmes qui s'y sont distinguées, n'est-il pas significatif et pour le moins frappant que la seule à retenir l'attention pour des motifs n'ayant que maigrement trait à la politique soit Claire-Heureuse; et ses œuvres dans le domaine ingrat du secours, on le voit, en feront une figure insolite, isolée, sans influence notable sur l'époque.
Il faudra attendre les années 1860 pour que soit donné, et de manière décisive, le coup d'envoi à l'Assistance Sociale. En effet, sous l'impulsion du Concordat dont le but premier est la régularisation et l'organisation du culte en Haïti, prend corps, à partir de 1865, avec l'arrivée dans le pays de congrégations religieuses diverses(1), une véritable floraison d'œuvres sociales d'une présence relativement continue, tant à la Capitale que dans les principales villes de province, et ce, aussi bien dans le domaine de la santé, de l'éducation, que dans celui plus large de l'aide morale et matérielle. Particularité notable, ces entreprises, pour la plupart religieuses d'initiative sinon d'inspiration, généralement reconnues d'utilité publique après quelques années de fonctionnement, verront, jusqu'à la tentative de leur organisation par les pouvoirs publics en 1939(2), leur création, leur direction et leur développement, le fait et le soin quasi exclusifs des femmes.
A croire que, mettant rageusement à profit et de manière résolue cette voie nouvellement offerte, la femme haïtienne, pour se venger d'une inactivité multiséculaire autant sans doute que pour laisser libre cours à quelque souci latent d'affirmation trop longtemps contenu, se décide enfin à sortir de chez elle et, sur ce terrain familier où prendront comme tout naturellement racine des préoccupations en prolongement, tant soit peu, du foyer, à marquer d'une empreinte durable et profonde le quotidien déplorable et houleux de son pays.
Dans cette véritable «armée du salut» qui en résultera, il reste difficile, embarrassant même, d'isoler des figures de proue, l'accent, la plupart du temps, portant moins sur les acteurs, moins sur des personnalités évidentes que sur des entreprises, éparses certes, mais dont la générosité, pour souffrir des limitations inhérentes à cette forme d'intervention, ne s'en trouve pas moins à rivaliser d'assiduité et de conviction(3). Cela dit, bien que partageant avec d'autres plus anonymes les traits d'enthousiasme typiques de cette démarche, certains noms cependant, méritent d'être mis en exergue pour le rayonnement et l'envergure de leur action à une époque où la notion de service public de base, quasiinexistante des programmes de gouvernement, ne semble aucunement constituer une priorité de l'État.
(1) Le premier contingent des Frères de l'Instruction chrétienne de Plœrmel arrivera à Port-au-Prince en mai 1864, les Sœurs de Saint-Joseph de Cluny et de Sacré-cœur de Marie en juin 1864, les Filles de la Sagesse en 1875.
(2) Le président Sténio Vincent, qui dans ce même esprit d'assistance, contribuera à la fondation de nouvelles entreprises tant publiques que privées, promulguera une loi prévoyant «l'organisation d'un Commissariat d'assistance fonctionnant sous la direction du Service national d'hygiène et chargé de la distribution des fonds provenant de dons et de nouveaux impôts institués pour la Caisse d'assistance» lesquels fonds seraient répartis entre «les asiles d'enfants et de vieillards déjà existants et à installer en différentes parties du pays».
(3) Au Congrès national des femmes haïtiennes (avril 1950), Madeleine Sylvain-Bouchereau fera ressortir l'urgente nécessité d'une coordination qui renforce, optimise ce gigantesque effort féminin. Sur sa proposition avisée, il sera donc décidé la création du Conseil National des Femmes haïtiennes, qui servirait d'intermédiaire entre l'Assistance publique nouvellement instituée par le gouvernement et les œuvres privées. Un comité ad hoc, composé de Elda Pierre (Jérémie), Germaine Dennery (Cayes), Mme Thomas Pierre-Phillipe (Port-de-Paix), Mme Raymond Laroche (Cap-Haïtien) et Madeleine Sylvain-Bouchereau elle-même (Port-au-Prince) sera immédiatement mis sur pied avec pour mission de travailler à «une enquête générale sur les besoins sociaux de chaque localité et à faire des recommandations pour une meilleure utilisation de l'effort féminin.»(Le Féminisme, 1951)
Noguessine Pressoir (1830 - 1915,17 septembre).
Pieuse, quitte très jeune la maison familiale où est contestée l'orientation monacale qu'elle entend donner à sa vie. Voulant prodiguer des soins de santé autour d'elle, elle s'enquiert des procédés de la médecine locale, étudie la botanique, fréquente le Dr Elysée Duplessy qui l'initie à la nosologie et la pharmacologie, le Dr Dehoux qui l'introduit à l'anatomie et à la physiologie. L'habitude se prit vite de venir consulter «Sœur Noguesse» qui réussissait des cures quasi miraculeuses et préparait elle-même des potions à partir de plantes en provenance de sa cour, véritable herbier médicinal qu'elle entretenait elle-même. Jusqu'à sa mort, Noguessine Pressoir s'occupera d'éducation, d'assistance aux indigents et d'évangélisation de jeunes délinquants.
Pénélope Faine
... et 9 autres dames décident (29 janvier 1869) de fonder une association dont l'objectif est de venir en aide à toutes les détresses par tous les moyens (aumônes en argent, dons en nature, vêtements, médicaments, fournitures scolaires...) Ainsi naît l'Association des dames de Saint-Francois de Sales, doyenne des œuvres de bienfaisance haïtiennes.
Astrée Lechaud (1836 - 1934)
A la succession en 1875 de Pénélope Faine à la présidence de l'Association des Dames de Saint-Francois de Sales, elle décide de la fondation de l'Hospice Saint-Francois de Sales qui offre secours à domicile, soins hospitaliers, dons de vêtements, de médicaments... Construit au portail Saint-Joseph en 1881, pillé et démoli au cours des insurrections de 1989, l'Hospice est reconstruit peu après à l'angle de la rue Réunion et de la rue Bretagne (actuelle rue Charéron). La présidence de Mme Pierre Hudicourt (1923) verra, sous la direction médicale du Dr Paul Salomon, l'Hospice prendre un essor déterminant avec la création des services de gynécologie, d'oto-rhino-laryngologie, d'ophtalmologie et de radiologie, et l'acquisition de l'ancien laboratoire du Dr Audain. En 1932, un an après sa reconnaissance d'utilité publique, l'Association fonde un ouvroir et 4 cantines qui, faute de fonds, fermeront leurs portes peu après.
Justinine Etienne
A la tête d'un groupe d'amis, elle fonde au Cap l'Hospice Justinien (1873) dont la direction est confiée à des religieuses.
Les zélatrices de Saint-Vincent-de-Paul
...sous la présidence de Mme Julien Dussek, une co-fondatrice, se voient confier en 1897, la gestion de l'Hospice Saint-Vincent-de-Paul, seul hospice civil du gouvernement et le redynamisent, jusqu'en 1916, année où l'administrateur civil de la commune de Port-au-Prince en fera notre actuel Hôpital général en l'unissant à l'ancien Hôpital militaire.
1892, l'Hospice des Cayes est créé.
En 1893 est créée l'Orphelinat de la Madeleine qui receuille les petites orphelines pauvres qui bénéficient jusqu'à 21 ans de cours classiques, de travaux de couture et de broderie.
L'Association mixte de l'Œuvre chrétienne (fondée en 1905)
...dont la section féminine s'occupe d'action sociale verra tour à tour à sa tête Mme Duverna Jean, Henriette Bistouri-Victor, Luce Archin-Lay, Corinne Audain-Jardine, Mme Pérez-Richez, Théodora Holly, Olivia Rosemond, Lucile Prophète, Henriette Biambi...
La Société Dorcas
...créée également en 1905 avec l'établissement officiel de l'Église adventiste d'Haïti, présidée par des dames adventistes, offre de l'aide aux familles nécessiteuses.
Un comité de dames de l'Eglise protestante dirige L'Action chrétienne westleyenne.
Sous la présidence de Jeanne Morel qui succède à Andrée Supplice et à Mme Régis Niol, Les Pupilles de Saint-Antoine, fondée en 1926, dans le but «d'intéresser les jeunes filles de l'élite aux enfants pauvres», entretient une école fréquentée régulièrement par 1200 enfants, une cantine qui offre un repas à 40 enfants par jour, un atelier d'initiation des garcons à la cordonnerie, la vannerie, l'ébénisterie et un dispensaire. L'école et le foyer sont dirigés par Mme Phocion-Sanon qui préside également Le Patronage de la Sainte Famille (fondée en 1933) entretenant un patronage et une école dans le quartier compris entre le morne Marinette et Saint-Martin. Ce groupement est, avec Le Noël, comité rattaché à l'Association noëliste francaise, le premier à inciter la participation des jeunes aux interventions sociales considérées jusqu'alors comme la chasse gardée de l'église, des vieilles dames et des médecins.
1926 voit également la fondation au Cap du Cercle Printania, une des associations féminines les plus importantes du pays.
Pauline Rouzier-Bermingham
Venant s'installer avec son mari en 1922 dans la ville des Cayes, elle tente de répondre à la vague de dénuement, de misère et de mendicité qui sévit alors dans la ville. Avec l'aide de Mlle Eugénie Pierre, Mr Duvivier Hall, Dr David Ledan, P.N. Ledan, Alwin Gerdes, elle commence une action qui débouche aussitôt _ on est au mois de février 1923- sur La Charité, s'il vous plaît. En peu de temps, un terrain s'acquiert, où s'élèvent des hangars de mise à l'abri des pauvres et sans-logis de la ville. Elda Benoît y adjoint les terrains adjacents de sa propriété amenant ainsi l'ensemble à une dizaine de carreaux.
Quand, plus de 20 ans plus tard, l'administration de l'Œuvre fut confiée à l'Evêque des Cayes, "elle donnait la nourriture, le logement et l'instruction à plus de 75 enfants receuillis dans les rues. Trois instituteurs étaient employés. Une centaine d'indigents adultes étaient aussi soignés et entretenus…"
Résia Vincent
Sœur du président Sténio Vincent, elle fonde en 1935 à La Saline, cité ouvrière nouvellement construite, du reste, par le président de ses fonds personnels, Les Enfants assistés. Cette œuvre vouée à la protection de l'enfance et entretenant un orphelinat de 200 petites filles est confiée à la Congrégation des Sœurs salésiennes. Consciente sans doute de la nécessité de renforcer et de pérenniser les actions entreprises, elle porte le gouvernement à organiser l'Assistance publique par la création en 1939 de la Caisse d'assistance publique, laquelle permet l'ouverture d'asiles et d'internats dans les principales villes du pays. A leur mort, Résia et Sténio Vincent légueront par disposition testamentaire la totalité de leurs biens aux œuvres salésiennes pour l'enfance nécessiteuse de La Saline.
Docteur Rodolphe Charmant et sa femme
...fondateurs des Colonies scolaires de vacances, créent la Maison Claire où les enfants pauvres sont receuillis pendant un mois de vacances.
Jacqueline Wiener Silvera et Jeanne Perez
...fondent en août 1939 La Ligue pour la Protection de l'Enfance. «Campagnes de presse, conférences dans les villes et les campagnes, lois pour la protection des enfants en service, enquêtes menées par des groupes d'inspectrices scolaires, assistance médicale, procès en faveur des mineurs...», il n'y aura alors aucune limite aux actions entreprises au bénéfice des enfants en domesticité. Mme Wiener Silvera dirige aussi La Pouponnière, garderie fondée en novembre 1942 par les docteurs Maurice Armand et Louis Roy dans dans les parages du marché Salomon et où les nourissons des marchandes sont gardés par des jeunes filles et des dames diplômées de l'Ecole de puériculture du Dr. Armand qui leur prodigue tous les soins.
Sœur Joan Margaret
...fonde en 1947 L'Ecole Saint-Vincent-de-Paul, pour la rééducation des enfants handicapés (subventionnée par l'Eglise épiscopale puis par une association mixte non confessionnelle pour la réhabilitation des infirmes). Cette école fonctionne aujourd'hui encore.
La Goutte de lait créée en 1949 sur la demande du docteur Boulos et de quelques médecins du Centre d'Hygiène, donne du lait aux enfants sous-alimentés de La Saline. Dirigée par un comité présidé par Mme Attié.
Yolette Magloire
...épouse du président, le général Paul-Eugène Magloire, bénéficiant d'une forte contribution de l'État, fonde en 1950 La Fondation Madame Paul E. Magloire qui s'est révélée à date la plus importante par son budget (environ cent mille dollars pour le simple exercice 1952-1953) et ses activités (distribution de vêtements et d'argent, création d'une garderie, d'un foyer-école, de cantines, d'un restaurant populaire, installation de quatre ouvroirs dans les villes de province pour les «femmes du peuple»).
Sources diverses:
- Jeanne Sylvain, Les Œuvres Sociales dans Femmes hsaïtiennes, op.cit. p255
- Jean Fouchard, Regards sur l'Histoire, p205
- Madeleine Sylvain-Bouchereau, , op. cit. p80 et suiv.
- Georges Corvington, op. cit. tome 7, p192 et suiv.
- Le Féminisme, 1951.
- Yvonne Mayard-Salgado, op.cit. dans Le Féminisme, p19 et suiv.
Article tiré du sit www.haitiwebs.com
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Femmes Haïtiennes Remarquables ! Ertha Pascal-Trouillot
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Ertha Pascal-Trouillot
1945
« Depuis très jeune, j'ai beaucoup travaillé;
j'avais comme une rage de travailler.
C'est comme si je voulais porter le monde sur mes épaules...»
Ertha Pascal-Trouillot
Hasard? Exigence savamment cultivée? Telles sont les interrogations qui viennent à qui ne fait que se pencher sur la particulière évolution de Me Ertha Pascal-Trouillot. D'abord de brillantes études classiques où, toujours en tête de classe, elle n'en finit pas d'en imposer à ses camarades de groupe (plutôt des hommes, avoue-t-elle), études au bout desquelles elle s'oriente vers la mécanographie (1969), complément de formation à ce qui sera sa vraie profession : le Droit. Deux ans plus tard, en effet, en août 1971, elle se retrouve de la promotion sortante de l'Ecole de Droit des Gonaïves. Celle-ci frappée des exigences fraîchement instituées d'un mémoire de sortie, Ertha Pascal sera la première étudiante, avec un brio et une assurance qui épateront le doyen lui-même, à soutenir ce mémoire autour d'un sujet pour le moins passionnant: le Statut juridique de l'Haïtienne dans la législation sociale.
S'écartant également de cette ornière qui, depuis 1929, année de leur admission à l'École de Droit, voit le Droit se confiner pour les femmes à une discipline d'appoint, Ertha Pascal prête aussitôt serment en qualité d'avocat du barreau de Port-au-Prince et «affrontant avec courage des confrères blanchis dans le métier, (...) affirmant de plus en plus sa spécialisation dans les affaires du Travail, de Droit de la Famille et des problèmes de l'Etat civil» plaide devant toutes les juridictions des tribunaux (tribunaux de paix, tribunaux civils, cour d'appel, Cour de Cassation). Cette brêche ouverte dans le monde très fermé des Hommes de loi, initie une fructueuse carrière qui la retrouvant comme première femme membre du Conseil de l'Ordre des avocats du barreau de Port-au-Prince (session: 1977-1979), consacre également Maître Ertha Pascal Trouillot, première haïtienne juge au tribunal civil de Port-au-Prince (janvier 1979) — en France, il a fallu attendre 46 ans entre les premières inscriptions de femmes au barreau et l'ouverture du concours de la magistrature à une femme —, première femme juge à La Cour d'appel (septembre 1985), puis à la Cour de Cassation (novembre 1986).
Entre-temps, dans de multiples congrès, séminaires et conférences, par la publication - seule ou quelquefois en collaboration avec son époux, Me Ernst Trouillot - de relations de voyage, détudes ou de résultats de recherches, on assistera chez Me Ertha Pascal-Trouillot à l'évolution de positions de plus en plus nettes et tranchées où la femme haïtienne fait indéniablement l'objet de préoccupations premières. Exception faite évidemment de Madeleine Sylvain-Bouchereau, analyste autant que fer de lance d'un projet de révision du Code civil tenant compte des discriminations faites aux femmes, Ertha Pascal-Trouillot demeure encore en effet la seule femme de loi à se tailler une notoriété par une militance assidue dans ce domaine.
Me Ertha Pascal-Trouillot se refuse néanmoins à toute casaque féministe: «Je suis avant tout une femme professionnelle. Je n'ai jamais voulu militer dans aucun groupe de femmes». On lira pourtant, en introduction à son livre Retrospectives... Horizons: «C'est dans le souvenir de ces gloires nationales (femmes haïtiennes ayant combattu pour la libération d'Haïti) et dans la fervente solidarité avec l'esprit et la vaillance des efforts et résultats des groupements féministes, des associations féminines et de toutes celles qui œuvrent pour l'émancipation de la femme, que nous offrons respectueusement ce nouvel ouvrage». C'est de cette même femme qu'une consœur opine ainsi : «ses études, ses interventions, ses travaux portent tous assidûment sur le même thème, la défense des droits de la femme haïtienne à travers des sujets aussi épineux que le droit de la femme à la contraception, le droit des concubines, la reconnaissance légale des enfants illégitimes, l'extension des droits et capacités de la femme mariée, la rupture de promesse de mariage...», tout ceci évidemment sous-tendu à l'engagement fondamental de «faire progresser le Droit, l'adapter aux conditions de la vie moderne, lui faire franchir en quelques années, quelques siècles»(1).
L'active carrière de Me Ertha Pascal-Trouillot la verra également figurer comme première femme (à date la seule) à la présidence d'Haïti, fonction qu'en qualité de juge à la Cour de Cassation, elle se retrouvera à assumer durant onze mois, du 13 mars 1990 jusqu'au 7 février 1991.
Autres activités et distinctions:
- Lauréate de l'Alliance francaise (1965)
- Ex-membre de la section féminine (défunte) de la Commission de refonte du Code civil haïtien.
- Membre de l'Association des écrivains de langue francaise.
- Membre de l'American bar association de Washington.
- Membre de l'Association internationale des juristes (Paris)
- Professeur de Droit usuel dans divers collèges.
- Conférencière de 1971 à nos jours à Port-au-Prince, Washington, Virginie, Montréal, Rome, Caracas, Paris, Ottawa, Abidjan, Fort-de-France, Danemark, et depuis 1994 dans différentes villes du Japon sur Le rôle des femmes dans le développement économique des sociétés, La femme dans la vie sociale, L'économie haïtienne, etc.
Publications:
1973: Statut juridique de l'Haïtienne dans la Législation sociale
1978: Code de lois usuelles, en collaboration avec Ernst Trouillot.
1980: Rétrospectives... Horizons
1981: Au grand boulevard de la Liberté
1982: Analyse de la Législation révisant le statut de la femme mariée
1990: Code de lois usuelles
A paraître:
- Cahier juridique de l'enfant et de la famille
- Dictionnaire biographique d'Haïti, en collaboration avec E. Trouillot.
* Basée sur notre entrevue avec Ertha Pascal Trouillot (Septembre 1995)
(1) Francoise Fleury-Mazeau, avocat de la Cour de Paris dans sa préface à Rétrospectives et Horizons.
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Femmes Haïtiennes Remarquables ! - Et vint le grand silence
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Et vint le grand silence
1957: année d'intronisation et des premières foulées d'un pouvoir qui «d'entrée de jeu, tendra de toutes ses forces à réduire toutes les formes de contestation, à désorganiser toutes les sources du pouvoir traditionnel et à perpétrer sa domination»(1). Marqués d'entorses de toutes sortes aux libertés laborieusement acquises, souvent au prix du sang, par une génération d'hommes et de femmes, ces premiers moments assisteront, en effet, à la mise en place éhontée de procédés de dissuasion ne souffrant aucune équivoque quant aux couleurs véritables et la volonté arrêtée d'un gouvernement de faire place, résolument nette, à la voix unique. Pour ne citer que des exemples touchant aux femmes, on se rappelle, aujourd'hui encore, de l'arrestation de Gilberte Vieux, des visites de nuit, nullement de courtoisie, des cagoulards à la journaliste Yvonne Hakim-Rimpel et aux demoiselles Wiss, «propriétaires d'une école privée, liées à la bourgeoisie mulâtre des Gonaïves»(2) visites auxquelles ne manquaient inévitablement de faire suite, émanant d'autorités non encore frappées de l'indifférence absolue des meilleurs moments du règne, ces esquives maladroites aux protestations osant encore ouvertement se formuler. On assistera aussi, dans la plus grande impuissance, à la résiliation d'une charte garantissant les droits de la personne avec notamment le rétablissement de la peine de mort en matière politique(3).
Il ne faudra en réalité pas plus de quatre ans pour voir ramenés à néant sinon l'enthousiasme du moins les remous d'une combativité ne laissant depuis plus d'une trentaine d'années déjà, d'alimenter de manière continue, on a pu l'apprécier, tous les secteurs vifs du pays. Car, il fallait s'y attendre, «les multiples formes d'action et de protestation issues des milieux de l'enseignement, des syndicats, des professsionnels, des étudiants et du clergé catholique, se heurteront à la volonté du pouvoir d'étouffer, parfois dans l'œuf ou de pervertir par la corruption tout mouvement à vocation démocratique. Les associations seront dissoutes ou disparaîtront une à une, leurs dirigeants emprisonnés, persécutés ou contraints à l'exil»(4).
Du côté des femmes auxquelles un temps infini d'engourdissement imposait, en quelque sorte, le labourage assidu de sillons propices à l'épanouissement fécond des acquis fraîchement gagnés, se fera sentir d'abord le désarroi puis le grand vide. L'époque connaîtra bien sûr ses femmes de pouvoir, tristement célèbres mais les fortes têtes de l'avant-Duvalier se verront contraintes à l'exil et, pour d'autres, meubler ce grand silence, se ramènera au cantonnement, plus qu'obligé cette fois-ci, dans des œuvres sociales, impunies tant qu'elles acceptaient de s'inféoder à la politique d'Etat ou de s'accomoder du plus patent anonymat.
Il y aura, bien sûr, la route épineuse du refus, laquelle verra des femmes, en nombre «de beaucoup plus important en poids relatif que la participation féminine dans la politique officielle et légale de l'époque»(5), s'engager clandestinement et de manière significative, dans tout ce qui se dessinait alors sous bannière d'opposition. «Dans le cadre du front antiduvaliériste et anti-impérialiste réunissant plusieurs partis et organisations dits de gauche» (1963), il est par exemple signalé la création de Fanm Patriyòt, «organisation clandestine de femmes sans visée explicitement féministe quoique ayant une telle orientation». L'anonymat étant alors protecteur, y échapper signifiait être dépistée et, le plus souvent... mise hors état de protester. On connaît les noms de Yanick Rigaud, étudiante engagée: trouvée morte à Savane Salée à Fontamara en 1969 (à 22 ans); Bleuette, compagne de Auguste Ténor (poète assassiné en 1969): devenue folle après son passage en prison; Gladys Jean-Francois, étudiante arrêtée en 1969: portée disparue; Denise Prophète, animatrice de radio kidnappée en mars 1973: portée disparue; de Mme Denise Mondestin, Rosette Bastien, Lucienne Louissaint, Marie-Thérèse Bastien... et tant d'autres. Bien plus tard, à la faveur de la «relance démocratique» de la fin des années 70, des femmes telles Marie-France Claude, Michèle Montas, Lilianne Pierre-Paul... n'oseront publiquement contester un pouvoir établi que pour avoir aussitôt à payer leur audace de la prison et de l'exil (1980).
En comparaison aux années précédentes, à signaler également pour la période, comme imposé par une dictature se réservant définitivement tous les lieux de pouvoir, un investissement plus nourri et réussi, dans ce terrain de «neutralité» du domaine professionnel. En nombre de plus en plus accru et sur un pied franchement plus égalitaire, des femmes excellent à des postes de décision dans les banques, les entreprises privées, et également, à la faveur de la coopération internationale qui fleurira dans les années 70, dans les ONG et les organisations internationales... C'est aussi, dans le sillage d'une prise en main au niveau international du combat pour l'amélioration des conditions de vie de la femme, l'époque féconde des services et unités spécialisées, et également, des publications traitant de la problématique de la femme.
On ne peut passer sous silence la création en 1978 du Centre haïtien de recherches pour la promotion féminine (CHREPROF), offrant depuis dans les principales régions du pays une formation de base sur mesure touchant à l'économie domestique, la gestion des petits commerces ainsi qu'un appui constant à la création, au développement de comités, de groupements coopératifs de femmes. L'action du CHREPROF est alimentée de façon régulière d'études et de recherches diverses sur la situation de ces femmes menées sous la constante direction de Marie-Carmelle Lafontant. Avec la création du Fonds haïtien d'aide à la femme (FHAF) leur ouvrant pour la première fois l'accès au crédit, un nombre intéressant de femmes (actuellement près de 3.000) réparti dans les principales villes du pays, bénéficie d'un programme de prêts et d'assistance en gestion inauguré en 1981, sur l'initiative de Josseline C. Fethière, accompagnée d'Eveline François et de Marie-Michèle Rey — toutes trois du milieu bancaire. Un regard tout spécial doit être jeté sur une initiative jusque-là inédite: le Centre national et international de documentation et d'information des femmes en Haïti (ENFOFANM) monté en 1987 par Clorinde Zéphir et qui, après de 8 ans de fonctionnement, vient d'inaugurer la première maison d'édition de femmes haïtiennes: Les Editions ENFOFANM. Actuellement, ENFOFANM édite et publie mensuellement une revue en créole, Ayiti Fanm. Plus près de nous enfin, on retiendra cette tentative de coordination regroupant près d'une cinquantaine de groupements et d'organisations de femmes à la création récente (1994) de l'Alliance des Femmes Haïtiennes, (AFHA) dont la première direction fut assurée par un comité présidé par le Docteur Yolène Vaval-Suréna.
La fin, en 1986, du trop long épisode Duvalier, bien que favorisant, dans le fourmillement de partis et d'organisations politiques de tous bords, la reconstitution ou l'émergence de mouvements féminins divers, ne semble pas avoir réussi — pareil vœu fut-il, au demeurant, jamais formulé — à reprendre le débat politique féminin au point de coupure de 1957. Régression ou, au contraire, émergence, dans l'ombre d'une dictature, l'une des plus rétrogrades, s'il en fût, d'une conscience plus largement citoyenne? Individuellement ou en groupe, l'Haïtienne semble aujourd'hui se retrouver d'une présence pour le moins active et marquante au plus fort de la transition, mais coupée visiblement de toute nécessité d'un discours formellement féministe. Le constat est là de plus d'une dizaine de groupements féminins profilant, pour une très grande part, une orientation, si ce n'est un penchant nettement marqué vers le communautaire. La liste est longue où l'on retrouve : La Ligue féminine d'action sociale (1934), Le Mouvement féministe haïtien (1982), Kay Fanm (1985), et, ayant vu le jour à partir de 1986, Fanm d'Ayiti, Solidarite Fanm Ayisyen (SOFA), Rasanbleman Fanm Popilè, Fanm Je Klere, Fanm Leve Kanpe, Konbit Liberasyon Fanm, le Comité féminin contre la torture, la Ligue haïtienne de défense des droits de la femme rurale...
Notre histoire, pourtant, n'aura jamais compté autant de femmes à des postes politiques éminents : de celui de premier ministre (avec Claudette Werleigh) à celui de présidente (avec Me Ertha Pascal-Trouillot), elle est au Conseil d'Etat, au Conseil électoral, au Sénat de la République et, à l'occasion, titulaire de ministère-clé... Les opportunités non plus n'auront jamais été aussi grandes. En 1989 déjà, sera installé le premier secrétariat à la Condition féminine confié par le gouvernement Manigat à Raymonde Chandler qui ne verra de successeur à sa très courte gestion qu'en novembre 1994, avec la nomination de Marie-Lise Déjean par le gouvernement Aristide. Sur les 26 candidats à la présidence, aux élections de 1990, une prétendante, Marie-Colette Jacques, annonce dans un discours la création de son parti, Le Parti pour l'avancement intégral du peuple haïtien dont, peu après sa disqualification par le CEP, on n'entendra plus parler. Me Mireille Durocher-Bertin a été assassinée peu avant l'annonce officielle de création d'un parti dont elle aurait eu la présidence.
(1), (2), (4) Claude Moïse, op.cit, p381 et suiv.
(3) Entendez: «les infractions dirigées contre la sûreté intérieure et extérieure de l'Etat, les attentats et complots contre la vie ou la personne du chef de l'Etat, et même contre la personne d'un membre du pouvoir de l'Etat, d'un haut foctionnaire ou d'un membre quelconque des Forces Armées d'Haïti» Claude Moïse, op.cit.
(5) Suzy Castor, op cit, p48
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Femmes Haïtiennes Remarquables ! Lydia Jeanty
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Lydia Jeanty
1910
Au cours de cette brève randonnée dans notre mémoire, pas plus d'une fois n'avons-nous eu , comme avec Lydia Jeanty, ce privilège d'approcher mieux encore qu'un témoin, une actrice de premier plan de ces fiévreuses années du féminisme. L'attente a été indescriptible, l'émotion tout autant, quand introduite amicalement dans l'univers de cette femme ruinée par l'âge, en même temps que tant d'objets d'un autre temps, ne laissaient de nous parvenir, ponctuant un entretien âprement disputé à un sommeil de bientôt plus d'un demi-siècle, ces mots d'une devise oubliée: Servir, toujours servir. La révélation était là, de ce que nous cherchions à la base de tant d'actes et de choses accomplis : une certaine couleur d'époque.
Fille de Lydia Robin et d'Occide Jeanty, compositeur et chef d'orchestre bien connu, Lydia, comme beaucoup de jeunes filles «de famille», n'échappera guère à ce circuit scolaire, «classique» de l'époque (Sœurs de Saint-Joseph de Cluny - Brevet à l'annexe de l'École normale - École normale) auquel ne semble nullement étranger un certain sens du social très répandu alors et qui, comme attendu, la conduit droit à l'enseignement.
Ce cycle d'études que Lydia Jeanty qualifie de brillant puisque «les enseignants d'alors au nombre desquels comptaient M. Francois Manigat, M. Lhérisson, ont confié avoir beaucoup appris d'elle au cours d'Histoire», lui vaut, par un M. Lhérisson enthousiaste, d'être appelée, l'année même de la fin de ses études à enseigner au collège Louverture; ce qui dit beaucoup sur le talent de la jeune recrue quand on sait, qu'à l'époque, il était généralement de règle qu'une postulante attende passablement longtemps avant de se voir nommée. Débutée ainsi, à 18 ans, cette carrière d'éducatrice appelée à ne voir son terme qu'en 1963, la verra, tout au long d'un parcours assidu, successivement, et dans des chaires de français le plus souvent, au collège Louverture, à J.B. Dehoux, à Eugène Bourjolly, chez les Paret, et enfin au collège Lespinasse dont elle assumera pendant longtemps la direction.
Parallèlement à cette fidélité à l'enseignement, se dessinera, également des plus remarquables, un parcours de militante dont, amenée à s'expliquer, Lydia Jeanty fait provenir le feu et les élans aussi bien de son immuable devise, «servir, toujours servir», que d'une indignation de cette incapacité dégradante où, sous de fallacieux prétextes, avait été tenue pendant longtemps les femmes de son pays. Ainsi, quand cette mémorable séance de 1946 de l'Assemblée Constituante autour de l'épineuse question de l'égalité civile et politique découvrira, se distinguant d'une bêtise étonnante, un Emile Saint-Lô ne tarissant pas d'injurieuses épithètes sur le compte de la femme, ne la verra-t-on pas, indignée à son comble, se lever folle de colère, traverser la salle et, à la grande satisfaction de nombreuses consœurs, ce jour-là, reconnaissantes, le prendre à parti de la plus belle manière? Neuf ans plus tard, après l'obtention du droit, tant réclamé, de vote et d'éligibilité, Lydia qui, très active à la Ligue, occupera entre-temps les fonctions de trésorière, secrétaire générale en 1952, vice-présidente en 1955 avant de se retrouver présidente du mouvement en 1956 se présentera, (aux côtés de Léonie Coicou-Madiou et de Maud Desvarieux), aux élections de 1955, comme assesseur du premier cartel féminin «tactiquement» candidat à la mairie de Port-au-Prince. «Nous savions que nous ne serions pas élues parce que les jeux étaient faits mais notre candidature était le seul moyen de provoquer la candidature en masse des femmes un peu partout dans le pays». En effet, pour cette entrée féminine aux courses électorales, le succès est notable: «deux femmes ont été élues magistrat communal de Cabaret et de Mont-Organisé, six autres assesseurs des communes de Pétionville, Jérémie, Gonaïves, Saint-Marc, Grand-Gosier et Anse-à-Foleur».(1)
Lydia Jeanty sera également la première femme haïtienne sous-secrétaire d'Etat. Nommée à la tête du département du Travail, en 1957, — elle y restera durant les 56 jours du gouvernement provisoire de Franck Sylvain, son beau-frère—, elle avoue n'avoir jamais rencontré aucune difficulté à mener à bien son travail, ayant joui de la chaleureuse participation de ses collègues masculins et surtout de celle, avisée et compétente, du directeur général du département d'alors, M. Fouchard.
Peu après la montée au pouvoir de Francois Duvalier, —nous sommes au début de l'année 1958— Mlle Jeanty est appelée ministre-conseiller à l'ambassade d'Haïti à Londres, poste qu'elle abandonne au bout de 7 mois «ne supportant pas le climat et n'ayant jamais pu mordre à l'anglais». Elle revient donc en Haïti reprendre la présidence d'une Ligue délogée, dossiers et archives aux quatre vents et dont les membres pivots, si elles ne sont molestées ou en exil, sont déjà paralysées par la fureur naissante mais destructrice de Duvalier. Cette Ligue, nouvelle version, ne fera que très peu parler d'elle.
* Basée sur notre entrevue avec Mlle Lydia Jeanty (septembre 1995)
(1) Madeleine Sylvain-Bouchereau, op.cit. p144.
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Femmes Haïtiennes Remarquables ! Suzanne Comhaire-Sylvain
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Suzanne Comhaire-Sylvain
Suzanne Comhaire-Sylvain*
1898 - 1975
Le 20 décembre 1975, faute de se le disputer, l'Afrique noire et Haïti se partagaient le deuil de Suzanne Comhaire-Sylvain, l'une des premières Haïtiennes «à franchir les grades universitaires jusqu'alors réservés aux hommes et qui voua sa vie de part et d'autre de l'Atlantique à la recherche des traditions et des civilisations des peuples noirs.»(1) Sans doute eut-on à regretter une parente, une collaboratrice assidue, un directeur de recherches méritoire, sans seulement s'imaginer alors qu'on ne verrait de longtemps encore, l'éclosion en Haïti d'une telle vivacité, et réaliser combien immense pouvait être le vide d'un pareil dynamisme.
Après des études classiques menées à Port-au-Prince, sa ville natale, à Kingston et à Paris, n'échappant point à l'abc requis alors de toute jeune tant soit peu prise d'engagement, Suzanne se retrouve présidente-fondatrice du Noël, un des premiers mouvements incitant la participation des jeunes aux œuvres sociales. Devançant de loin les premières révendications féminines déclarées, elle sera la première en Haïti à travailler dans un bureau (1925 à Damien).
Cette expérience de l'Administration a-t-elle confirmé Suzanne dans de telles audaces? En 1931, ce sera encore elle, la première Haïtienne à obtenir baccalauréat, licence et doctorat (Université de Paris). Débute alors cette grande tournée internationale qui la retrouvera, rayonnante d'assiduité, assistante de recherche à l'université de Londres, sous la direction du Professeur Malinowski (1935) — occasion de la rencontre de maintes personnalités marquantes de la décolonisation africaine, dont Jomo Kenyatta, futur président du Kenya —, membre à Oxford (1959) du séminaire du professeur Evans-Pritchard et elle-même, professeur d'université à Port-au-Prince, à Washington, à Bruxelles, Addis-Abeba... Tout cela, agrémenté de la publication de dizaines d'ouvrages et de plus de 200 articles dans des revues spécialisées. Couronnement d'intensives recherches de terrain sur la culture nègre tant en Haïti qu'en Afrique, les écrits de Suzanne Comhaire-Sylvain joueront plus qu'un simple rôle d'étai à un moment vital d'affirmation de cultures opprimées.
Inspectrice des Écoles sous la présidence d'Estimé qui la nommera neuf ans plus tard (1949), Chef de la délégation d'Haïti à l'Assemblée interaméricaine des femmes de Buenos-Aires, Suzanne Comhaire-Sylvain sera également Administrateur d'affaires à l'ONU, chargée du secrétariat de la tutelle du Cameroun et du Togo français.
En Haïti plus particulièrement, où elle sera d'une présence ponctuelle, Suzanne Comhaire-Sylvain marquera de sa pierre la fondation et la direction de l'École des Lettres (1937), dotée d'un corps enseignant riche des pères Foisset et Bettembourg, Jean Comhaire, Dantès Bellegarde, Raymond Doret, Price-Mars, Luc Grimard, Catts Pressoir, Christian Bayardelle, René Lerebours... Membre plus tard du corps de professeurs de l'Institut d'Ethnologie nouvellement fondé par Jean Price-Mars (1941), elle se retrouvera, avec son mari Jean Comhaire, à accompagner pour le compte de l'Unesco, Alfred Métraux dans ses travaux à Marbial tout en faisant de la zone de Kenscoff, devenue sa résidence secondaire, un pendant privilégié de recherches et de préoccupations à ses multiples travaux à Kinshasa, à Lomé, à Dakar, à Nsukka et à Cape Town.
Ouvrages publiés:
1936 Le Créole haïtien, morphologie et syntaxe. Wetteren et Port-au-Prince.
1937 Les Contes haïtiens, Origine immédiate et extension.
Wetteren et Port-au-Prince, 2 vols.
1938 Contes du pays d'Haïti. Port-au-Prince
1939 Le Roman de Bouki. Port-au-Prince.
Nouvelle édition: 1974, Léméac, Montréal
1950. Food and Leisure among Congo children in Léopoldville. Cape Town
1968 Femmes de Kinshasa, hier et aujourd'hui. Mouton, Paris.
1973 Qui mange avec une femme, contes zaïrois et haïtiens. Ceeba, Bandundu, Zaïre.
1974 Jetons nos couteaux, contes des garconnets de Kinshasa avec parallèles haïtiens, Ceeba, Bandundu, Zaïre.
1982 Femmes de Lomé, Ceeba, Bandundu, Zaïre.
Contributions :
Ouvrages publiés en collaboration.
1951 Introduction to Haïti, Pan American Union. Washington
«L'Homme et la Terre dans la vallée de Marbial. UNESCO, Paris, avec J. Comhaire
«Making a living in the Marbial valley. UNESCO, Paris.
1952 Proceedings, 29th Congress of Americanist. Chicago.
1955 Haïtian Creole. American Anthropological Association
1956 Hommage au Docteur Price Mars
1958 Les Capitales du Monde. avec J. Comhaire, Rombaldi.
1959 Naissance, Mort, Etat-civil à Kenscoff, Haïti
1963 La Femme dans le développement urbain, Séminaire de la Commission économique pour l'Afrique.
1966 Proceedings, Third International congress of Ethiopan studies, avec J. Comhaire, Addis Abeba.
1971 Le Nouveau Dossier Afrique, avec J. Comhaire, Marabout Université.
1974 La Femme de couleur en Amérique latine
1974-75 Voluntary Action Research, avec J. Comhaire, Boston Collège
Articles :
De Suzanne Comhaire-Sylvain on compte plus de 200 articles dont:
1933 Veillées d'Haïti, Revue de folklore, Paris
1936: Contes haïtiens (Revue de l'AUCAM, Belgique)
1937-1938 Creole Tales From Haïti, (Journal of american folklore)
1937 Thezin, haïtian tales (Bulletin Pan American Union)
1938 Vocabulaire des croyances paysannes (Voix des Femmes, Haïti)
1938-1939 Noms de lieux et de familles (Le Temps, Haïti)
1942 Nos fillettes en dehors des heures de classes, (Voix de femmes, Haïti)
1948: Les danses Nkundu du territoire d'Oshwe (African studies, Afr. du Sud)
1949 L'habitation chez les Nkundu (id.)
1949-1950 Silhouettes indigènes
(Grands lacs)
1949: Devinettes des enfants noirs de Léopoldville, (Africa, Londres)
1949: Le lingala des enfants noirs de Léopoldville, (Kongo-Overzee)
1949: Les jeux des enfants noirs de Léopoldville, (Zaïre, Belgique)
1949: Proverbes receuillis à Léopoldville, (id.)
1949: The status of women in Lagos, Nigeria (Pi Lamda Theta)
1950: Associations in Lagos, Nigeria, (American Catholic Sociological revue)
1951: Le travail des femmes à Lagos, Nigéria (id.)
1952: Jeux congolais, (id)
1951: La Chanson haïtienne (Présence Africaine)
1955: Enseignement féminin et mariage à Lagos
1956: Le Problème du mariage à Lagos (Revue de l'Institut de Sociologie de Bruxelles
Co-auteur / Collaboration :
1938: Loisirs et divertissements à Kenscoff, (Revue de l'Institut de Sociologie, Belgique)
1952: La Alimentacion en Kenscoff, (Americana indigena, Mexico)
1981: Avec J. et D. Lassissi Pinto Le Nigéria et ses populations de Jean Comhaire.
Distinctions :
Prix de langue française de l'Académie française de l'Ecole de Lettres.
Grande Médaille de l'Alliance française.
Médaille de la Société pour l'encouragement au progrès.
Membre à vie de la Société haïtienne d'Histoire et de Géographie.
Membre élu de la Société des africanistes, Paris; Royal, Anthropological Institute de Londres;
American anthropological Association; American sociological Association; Société Pi Lambda Theta;
Catholical anthropological Conference, Washington.
(1) Robert Cornevin, Nécrologie, Revue de la Société d'Ethnographie de Paris, no. 70, 1975, p238.
Sources diverses :
- Entrevues de Myriam Sylvain Torchon.
- Archives de la famille Sylvain
- Enfofanm.
- Madeleine Sylvain Bouchereau, Femmes Haïtiennes.
- Georges Corvington, op. cit. Tome 7.
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Femmes Haïtiennes Remarquables ! Yvonne Hakim-Rimpel
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Yvonne Hakim-Rimpel
1906 - 1986
«Notre ligne de conduite sera inspirée des nobles traditions du journalisme qui se conçoit dans l'indépendance du caractère, la conscience du devoir, l'amour de la vérité, et le sain respect des principes démocratiques qui représentent, à l'heure actuelle, les pivots de notre vieille civilisation occidentale.» **
Yvonne Hakim Rimpel
De Marie Louise Horatia Benjamin et de Eli Abdallah Hakim, elle naît à Port-au-Prince en 1906. Unie au berceau au fils d'une famille amie (Anis Sassine), quel ne sera son dépit quand, à 14 ans, elle se verra dans l'obligation de passer outre cet intérêt passionné voué très tôt aux études, pour se donner à son promis. Non résolue à la servitude d'une tradition autoritaire, elle décidera alors, par la lecture, la fréquentation des salons littéraires et, sous le judicieux conseil de Paul Savain, celle tout aussi assidue de l'École de Droit, de parfaire seule sa formation et ce, à la réprobation ouverte de parents qui renonceront une fois pour toutes à comprendre le jour où de concert avec son mari (dont elle restera une amie toute sa vie), elle décide, malgré la naissance de leur fille, de mettre fin à une union nullement appelée, somme toute, de leurs vœux réciproques.
En 1934, parmi les jeunes et très actives fondatrices de la Ligue féminine d'action sociale on ne s'étonnera nullement de compter Yvonne Hakim appelée au sein de la rédaction de La Voix des femmes, à jouer un rôle de premier plan. Très impliquée socialement, elle est alors également correspondante à Port-au-Prince de La charité s'il vous plaît, œuvre de bienfaisance qui a élu son terrain d'action dans la ville des Cayes, autant que membre de la Ligue contre l'Analphabétisme (à l'époque ses enfants, nous rapporte l'une de ses filles, verront leur argent de poche ainsi que leur sorties gagnés en fonction du nombre de cours dispensés au personnel domestique des maisons du quartier réuni sur sa galerie improvisée pour la circonstance en école du soir).
1946 retrouve évidemment Yvonne Hakim-Rimpel mobilisant toute son énergie en faveur des libertés démocratiques. Revenue très vite de l'euphorie de la bataille gagnée, et, déçue peu après de l'orientation étroite et mesquine vite prise par le mouvement tant prometteur de janvier, elle décide d'élargir son champ d'intervention en dehors de la Ligue et fonde Escale, un bi-hebdomadaire d'information dans le but d'élargir et de donner voie aux acquis récents (1er avril 1951). Elle en sera pendant 6 ans, la gérante, le moteur, l'éditorialiste et la principale rédactrice aux côtés d'éminents collaborateurs. Du temps de reste, elle trouvera également à accorder au théâtre et sera à côté de Cylotte Coicou, Jacqueline Wiener-Silvera, Charles de Catalogne, Simon Desvarieux, Lucien Lemoine et Edouard Dupont, un des acteurs de la pièce Cyclône , de Sommerset Maugham jouée au Rex Théâtre le 9 mai 1949 à la soirée inaugurale de la Société nationale d'Art dramatique, nouvellement créée.(1)
Déjoïste convaincue, elle participe activement à la campagne électorale de 1957. Peu avant ces élections, sa revue qui ne mâchait pas toujours ses mots aux agissements de l'heure publie A moi général, deux mots, article qui n'est ni plus ni moins qu'une révélation de ces basses manœuvres auquelles se prête impunément le général Kébreau afin d'assurer la montée au pouvoir de son favori en l'occurence Francois Duvalier, le même, du reste, à qui elle avait déjà bien pris soin de signifier de vive voix qu'elle n'entendait aucunement compter de ses promoteurs. La dernière édition de Noël 57, au demeurant la dernière parution de Escale, et qui voit sous la manchette: Peuple à genoux, attends ta délivrance, Hakim Rimpel, entre autres protestations, s'élever énergiquement contre la récente arrestation de Gilberte (Boubou) Vieux, constituera comme le sommet de cette virulence et de cette manière ironique dont elle s'était fait une arme de choix durant toute cette campagne contre Duvalier.
L'affaire Hakim Rimpel
Duvalier gardant encore intacte cette couleur d'homme de progrès lui servant de voile, voire de tremplin, Yvonne Hakim-Rimpel devait être loin de soupçonner quelle face infernale masquait la cible d'apparence impotente et bonhomme de ses saillies. Cela lui vaudra de faire les frais de cet épisode douloureux et sanglant du mois de janvier 1958, préfiguration d'autres non moins sanglants s'échelonnant implacablement tout au long d'un règne qui, mal assuré encore sur ses béquilles, prend un soin minutieux, en attendant l'audace des grands jours de la milice, de perpétrer ses forfaits diurnes et nocturnes sous la cagoule(2). En effet, cette nuit-la, «une demi-douzaine d'hommes armés s'introduisent par effraction chez Mme Yvonne Hakim-Rimpel, une journaliste de l'opposition. Celle-ci ainsi que ses deux filles sont en train de dormir à l'étage supérieur. Les visiteurs masqués font irruption et les malmènent sévèrement. Ayant abandonné les enfants sur le trottoir, ils s'éloignent en emmenant la mère avec eux. On retrouvera cette dernière le jour suivant sur une route peu fréquentée près de Pétionville. A demi inconsciente, dépouillée de la plus grande partie de ses vêtements, c'est dans un état critique qu'elle est dirigée immédiatement vers l'hôpital. La Ligue féminine d'action sociale aura beau protester, la police ne bougera pas...»(3)
Une de ses filles nous donnera certains détails encore plus traumatisants de cette fameuse nuit de janvier qui ouvre le dossier de la désormais célèbre Affaire Hakim-Rimpel. Ces hommes auraient immobilisé un fils de madame Rimpel (Charles) et l'aurait forcé à assister à la violente scène de ses sœurs battues (Gladys perd deux dents, a l'œil gauche amoché), et au constat de sa mère enlevée, pieds nus, en chemise de nuit. A l'aube le lendemain, dans ce fourré, désert à l'époque, du haut de Delmas où elle est laissée pour morte, c'est une femme nue et saignant de partout que découvrira tout à fait par hasard M. Harry Delaquis. Chez son beau-frère, alors ministre de Duvalier où elle est immédiatement ramenée, un accueil plutôt réservé la décide à chercher refuge chez le colonel Paul Thimothée, un autre de ses parents. Pour ramener à la vie cette femme battue à mort, violée sauvagement, il faudra à son médecin traitant, le Dr Mathieu, près d'une dizaine d'heures d'intervention et deux mois d'hospitalisation!
Les journaux de l'époque, Le Matin, Indépendance, Le Nouvelliste, feront état de l'événement, publieront une note de protestation de La Ligue signée de 36 femmes (Indépendance du 9 Janvier) ainsi qu`une copie de la lettre que dans l'espoir de voir s'amorcer une action, elles avaient cru bon adresser au ministre de l'Intérieur (publiée dans La Phalange du 11 janvier)(4). Mais il ne faudra pas moins les réactions et les protestations aussi bien de la presse étrangère que d'associations de droit humain pour décider le gouvernement à ouvrir, 4 mois après cet odieux forfait, une enquête qui, du reste, sera fermée peu de temps après, «Mme Rimpel et ses filles, ayant été incapables de fournir à la police des preuves suffisantes leur permettant d'identifier les agresseurs»(5). Quatre ans après, de plus en plus décrié par une opinion nationale et internationale indignée de ces méfaits se succédant en nombre et à un rythme inquiétant dans le pays, le régime, désireux sans doute d'une campagne d'apaisement, Yvonne Hakim-Rimpel se verra encore une fois les frais de la plus basse des manœuvres. En effet, alors que depuis longtemps déjà, terrée chez elle, elle semble définitivement avoir rompu tous liens avec le journalisme et la politique, elle reçoit la visite, d'un délégué du pouvoir qui n'est autre que le colonel Jean Tassy lui même, lequel l'invite, après force détours, à le suivre à Fort Dimanche, où, elle serait l'objet d'une pressante convocation. Là, d'une accusation dont elle ne se souvient s'être à aucun moment faite la voix, lui est présenté un démenti dégageant clairement les autorités de toute responsabilité dans l'affaire Hakim-Rimpel, et au bas duquel on lui demande instamment d'apposer son nom. Elle signe. Ce démenti fera aussitôt les frais d'une publication en grandes pompes dans les médias.
Il faudra attendre le départ de Jean-Claude Duvalier en 1986(6) et la publication des Témoignages de Pressoir Pierre, ancien colonel de l'Armée, pour qu'un coin de voile soit, pour la première fois, levé sur cette horrible affaire. Oui, Il faudra attendre ces témoignages car, après plus de 25 ans de militantisme et d'activisme, cette femme qui s'est acharnée inlassablement au triomphe de la Vérité, pour qui la parole, plus qu'une arme quotidienne, aura été l'essence même de toute lutte, n'écrira plus jamais, gardera le mutisme le plus complet sauf pour exhorter ses enfants, à chaque fois qu'elle en avait l'occasion, de ne jamais penser à la vengeance qui détruit et déshonore. Ce n'est qu'à l'approche de sa mort qu'elle fera l'aveu qu'il faisait un beau clair de lune ce soir-là, ce qui lui avait permis d'identifier plus d'un de ses agresseurs.
Yvonne Hakim-Rimpel est morte en silence à 80 ans, le 28 juin 1986, d'une crise cardiaque. Son Adieu à la presse, témoin de ses derniers jours, et sur lequel, confie sa fille, elle ne laissait de travailler, n'aurait pas été retrouvé.
* Basé sur notre entrevue avec Madame Maryse von Lignau, fille aînée de Madame Hakim-Rimpel (septembre 1995) et sur les informations receuillies dans les archives de la famille.
** Extrait de Notre Salut, éditorial du premier numéro de ESCALE.
(1) Georges Corvington, op.cit. tome 7, p310.
(2) Ces hommes de main opérant sous la cagoule étaient communément appelés «cagoulards».
(3) Bernard Dietrich et Al Burt dans Papa Doc et les tontons macoutes, p105.
(4) Haïtian Women between repression and democracy, ENFOFANM.
(5) Lettre d'André Faraud publiée dans le Nouvelliste du 25 février 1958.
(6) Dans ces Témoignages, Pressoir Pierre «avoue très honnêtement par ailleurs avoir alors conseillé au président Francois Duvalier de faire «convoquer Mme Rimpel pour lui donner un dernier avertissement», et confirme qu'en fait «Duvalier envoya quelques officiers de sa Maison Militaire dont Jacques Gracia, Franck Romain, José Borges, et les civils Clément Barbot, Eloïs Maître, Luc Désir (...) chez Mme Rimpel, qui a été enlevée en pleine nuit, en présence de ses enfants terrorisés» et que «Les officiers qui avaient participé à cet odieux kidnapping (qui, toujours selon Témoignages, se sont à l'époque enorgueillis d'avoir deshonoré la dame) se sont jugés tellement méprisables qu'ils durent, de peur d'être reconnus, se voiler le visage à l'aide d'un mouchoir: d'où leur nom de cagoulard». Pierre Pressoir, Témoignages: L'espérance déçue (1940-1976).
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