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Des bébés... à la chaîne
A Lascahobas et dans le « pays en dehors » on conçoit des enfants à la chaîne. En dépit de la misère. On n'a pas encore conscience de l'urgence de planifier les naissances.
Les cheveux roux, le bedon proéminant, le regard perçant, Ti blanc, 2 ans, dévale à vive allure une monticule rocailleuse. Nu comme un verre, le bambin, haut comme trois pommes, s'empresse d'aller partager un morceau de pain que son frère jumeau ,Ti Noir, vient d'acheter à la boutique d'à côté.
Copains comme cochon, les frangins, recouverts de boue, se partagent ce qui est leur premier repas de la journée alors que le soleil était déjà à son zénith. Pas de bol en revanche pour Chapoute, leur aînée, qui, triste, hébétée, s'est contentée de regarder ses frères engloutir cette ration qui est loin d'apaiser leur faim.
A Cité Benoît Batraville, à Lascahobas, où ils vivent, dans un taudis qui se tient à peine debout, ces enfants de la misère sont des « célébrités » sic.
Entre sarcasme et appel du pied suggérant que ces enfants soient pris en charge ou adoptés, la mère, Kenise Armand, rentre à la maison. Enceinte de 6 mois, cette jeune femme de 28 ans, une cigarette à la main, explique qu'elle fait tout ce qu'elle peut pour nourrir ses enfants.
« Je vends de l'eau au marché afin de prendre soin de mes 5 enfants. Leur père, les a abandonnés », poursuit-elle le regard chargé de récriminations.
Et pour cause. Son compagnon, Jod, un cireur de chaussures, après des années de concubinage, l'a répudiée. « Il a dit que je suis une femme aux moeurs légères », se lamente-t-elle, inquiète à l'idée que la faim n'emporte un de ses enfants dans la tombe.
Dans cette commune du bas Plateau Central, la malnutrition est à l'état endémique, confirme le docteur Louismé Martino, de l'hôpital Zanmi Lasanté.
Un facteur parfois favorable au développement d'autres maladies puisque le système immunitaire est fait de protéine, argumente-t-il.
Parallèlement, « il faut poser la question de la responsabilité de l'Etat dans la planification des naissances », estime un spécialiste en planification qui opte aussi pour la responsabilisation des parents, surtout les hommes, vis-à-vis de leur progéniture.
« Il est en Haïti trop simple pour l'homme d'engrosser des femmes et ne pas assumer après ses responsabilités. Des responsabilités contournées, surtout quand il s'agit d'union libre ou le plaçage estimé à 53.1 % en milieu rural », argumente-t-il.
Rappelant la responsabilité de l'Etat qui se doit de réprimer et de corriger les dérives de ses administrés, ce spécialiste se moque au passage de ce qu'il appelle « l'hypocrisie bureaucratique ».
« On multiplie les conférences internationales, les déclarations de principe sur le droit des femmes, des enfants. Mais, dans la réalité, ils croupissent dans la misère. Une misère consécutive aussi à l'absence de planification au sens large et des naissances en particulier », s'insurge-t-il.
Selon lui, le ministère de la Planification et celui de la Santé publique doivent apporter des réponses en termes de contrôle des naissances.Des réponses urgentes car le temps presse.
Alors que les ressources s'amenuisent, en 2003 le Recensement général de la population et de l'habitat révélait qu'Haïti comptait 8.373 750 habitants.
Une population susceptible de doubler d'ici à 2020 si rien n'est fait, selon les projections de certains experts.
L'histoire de Kenise Armand, la mère de Ti Blanc, est évocatrice. Oublié, « le pays en dehors » où vit environ 59.2 % de la population conçoit des enfants à la chaîne. En dépit de la misère...